Blandine Laignel est comédienne, danseuse, chorégraphe, metteur en scène. Son sens de la musique, du mouvement et de l’espace ont sublimé les créations de L:ED comme Side by Side dont elle a été la première chorégraphe et interprète.

Blandine, danse, comédie, arts martiaux, le corps semble être au cœur de ta démarche artistique.  C’est bien le cas?

Oui tout à fait. Je pense que le corps est un monde. Il protège notre âme de la société tout en nous mettant en contact avec elle. Le corps est un terrain d’expérimentation, de questions, de sensations. Il ne ment pas, il est l’incarnation de notre existence propre et des traces que la vie y laisse. Comment ne pas le mettre au coeur d’une démarche artistique????

Plongée dans les arts martiaux et sports de combat, elle se forme au full contact auprès d'Albert Murcin et ponctuellement au kung fu en Chine auprès de Maître Yale Yuan, ancien moine shaolin.
Plongée dans les arts martiaux et sports de combat, elle se forme au full contact auprès d’Albert Murcin et ponctuellement au kung fu en Chine auprès de Maître Yale Yuan, ancien moine shaolin.

Ta formation ne comporte pas que la danse, tu as aussi étudié la musique. Est-ce que ça influe sur ta pratique actuelle?

Bien sûr. Même s’il est difficile pour moi d’y mettre des mots car la musique reste un mystère. Sa force, sa capacité de résonance est un mystère. Je la sens omniprésente, pas toujours de façon mélodique ou même audible. La musique ou le rapport que l’être humain entretien avec elle est extrêmement profond, originel. Je connais des gens qui ne dansent pas, pas du tout! Mais je ne connais personne qui n’écoute pas de musique, qui n’en porte pas une dans sa façon de vivre….. C’est étrange, et délicat à nommer. J’ai aussi l’impression que la musique n’a pas de limite, alors que le corps oui. En tout cas je le sens fortement dans mon corps. Je sens mes limites en tant que danseuse et j’essaie de les repousser. La musique est une précieuse alliée. Non pas pour gesticuler en rythme, mais pour générer une impulsion juste. Dans la danse comme dans mise en scène….ou dans la vie.

"Les Chaises ?" d’après la pièce d’Eugène Ionesco, Cie Pietragalla et Derouault
“Les Chaises ?” d’après la pièce d’Eugène Ionesco, Cie Pietragalla et Derouault

On t’a vu récemment mettre en scène un spectacle. Est-ce que ça requiert une pensée spatiale différente de celle d’un danseur? Est-il aussi facile d’envisager tous les éléments dans l’espace scénique que son propre corps?

La pensée spatiale est effectivement différente, ou disons plutôt qu’elle se fait en deux temps : il faut appréhender les choses de l’intérieur, que tout passe d’abord par mon propre corps, par la pensée de ma propre chair. Je ne fais pas complètement confiance à mon cerveau. Il ne voit pas les mêmes choses que le sang. Et il y a ensuite un travail de distanciation, nécessaire à l’harmonie spatio-temporelle de la pièce. C’est un dialogue entre ces deux types de regard et je ne “fixe” quelque chose que lorsque ces deux regards s’accordent sur une décision.

Pour ma part, je ne sais pas si on peut dire que c’est plus ou moins facile, mais j’ai trouvé quelque chose de “confortant” dans le travail de mise en scène grâce à cette étape de distanciation dont je parlais avant. En tant qu’interprète j’avais l’habitude de tout chercher en moi, de tout façonner en moi et parfois on se sent plein à craquer d’émotions, de sensations, on porte des choses qui finalement ne nous appartiennent pas, on accumule beaucoup à force de chercher en soi. Et les moments sur scène, où justement on se vide pour offrir toute cette archéologie humaine au public sont aujourd’hui malheureusement beaucoup trop rares pour créer l’équilibre. Dans la mise en scène on n’est que le canal entre l’oeuvre/l’auteur et les comédiens et l’espace scénique. Tout passe par le metteur en scène, mais en ressort rapidement. Alors qu’en tant qu’interprète je me sens toujours “pleine” en fin de création. J’ai expérimenté une nette sensation de vide à la fin du travail sur “Oh les beaux jours”. Et j’aime beaucoup. Le recul sur les choses est précieux. Pouvoir se consacrer pleinement à la pièce, à chacun de ses aspects (lumière, espace, jeu des comédiens, écho du texte….) permet d’aiguiser le regard et d’ouvrir les possibles.

"Penthésilées", Compagnie Diverrès
“Penthésilées”, Compagnie Diverrès

Tu as été une des premières artistes à participer à L:EDigitalab en dansant sur Side by Side. On ne trouve pas vraiment d’autres traces de digital dans tes travaux. Quel est ton rapport avec les arts numériques ?

Je ne connais pas assez les possibles. Le numérique m’impressionne, me fascine, mais je ne sais pas le façonner ni communiquer avec un artiste numérique. J’ai peut être aussi la sensation d’être abreuvée, en tant que spectatrice, d’arts numériques à toutes les sauces, et la sollicitation excessive coupe l’imaginaire. Mon cerveau doit se sentir en terrain vierge pour fonctionner. Cela prendra donc un peu de temps.

Mais un projet de performance danse/vidéo/musique live est en cours. Une ébauche de chorégraphie a été travaillée cet hiver. Les calendriers ne permettent malheureusement le travail régulier que j’aimerais.

Avec L:ED, pour "Side by Side", Live Performer Meeting 2014
Avec L:EDigitalab, pour “Side by Side”, Live Performer Meeting 2014
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